En bref
L’avenir du travail se construit déjà à plusieurs mains : celles des salariés, des consultants, des freelances et des agents IA. D’ici 2027, les entreprises rechercheront avant tout des talents capables de tirer parti de l’IA, de fédérer les expertises et de générer un impact mesurable.
Le marché du travail est en train de devenir beaucoup plus poreux. Salariés, consultants, freelances et demain agents d’intelligence artificielle interviennent de plus en plus au sein des mêmes organisations et parfois sur les mêmes projets.
C’est l’un des enseignements que je retiens de mon échange avec Frédéric BROUSSE, Managing Director Enterprise EMEA de Malt, arrivé il y a quelques mois au sein de la plateforme pour accompagner notamment le développement de son activité auprès des entreprises.
Son observation rejoint directement ce que nous constatons chez SQORUS sur nos projets de transformation : les entreprises ne recherchent plus seulement des ressources supplémentaires. Elles cherchent avant tout des compétences immédiatement mobilisables, capables de produire un impact rapidement dans leur contexte.
Cette évolution rapproche finalement deux univers que l’on oppose parfois, celui des plateformes de freelances et celui des cabinets de conseil. Derrière des modèles différents, la même question devient centrale : quelles expertises faut-il être capable d’apporter aux organisations, et comment vont-elles évoluer à l’horizon 2027 ?
1. Le freelance n’est plus seulement une ressource de dépannage
Créé il y a treize ans, Malt répondait initialement à une problématique assez simple : permettre aux entreprises, et notamment aux startups, de trouver facilement les expertises dont elles avaient besoin. Mais les grands groupes se sont rapidement emparés du modèle.
Aujourd’hui, Malt revendique plus d’un million de freelances enregistrés et travaille avec plus de 90 000 entreprises selon son étude Malt Tech Trends 2026.
La logique évolue progressivement. Le freelance n’est plus uniquement celui que l’on sollicite ponctuellement lorsqu’une compétence manque en interne. Certaines grandes entreprises commencent à structurer véritablement leur relation avec cet écosystème, jusqu’à travailler leur attractivité auprès des indépendants : qualité des missions proposées, prix, conditions de travail ou possibilité de travailler plusieurs jours à distance.
Frédéric BROUSSE constate également un profil assez différent du stéréotype du jeune travailleur ayant toujours évolué en indépendant. En Europe, beaucoup de freelances disposent déjà d’une expérience significative en entreprise avant de faire ce choix.
Selon l’étude annuelle Freelancing in Europe 2024 de Malt, 94 % des freelances interrogés ont ainsi déjà occupé un poste en CDI.
Le sujet est particulièrement intéressant pour les profils seniors. Lorsqu’un expert possède dix ou quinze années d’expérience, l’indépendance lui permet de choisir davantage ses missions tout en valorisant une spécialisation devenue rare sur le marché.
Pour les entreprises, cela signifie aussi qu’une partie croissante de l’expertise disponible ne se trouve plus nécessairement dans leurs effectifs.
2. Cabinet ou freelance : la valeur se déplace de la capacité à fournir vers la capacité à apporter la bonne expertise
C’est évidemment un sujet qui nous concerne directement en tant que cabinet de conseil.
Un cabinet et une plateforme comme Malt ne proposent pas exactement le même service. Un cabinet engage une équipe, une méthodologie, une capacité à piloter un projet et à inscrire une expertise dans une transformation plus globale.
Malt permet de son côté d’accéder directement à un vaste marché de compétences indépendantes, tout en prenant en charge une partie importante des problématiques administratives et de conformité.
Mais les attentes des clients convergent de plus en plus.
Ils recherchent moins une catégorie de prestataire qu’une capacité à résoudre un problème. Cette évolution est particulièrement visible sur les projets de transformation digitale. Les organisations ont besoin simultanément de compétences métiers, technologiques et organisationnelles.
Or l’étude Malt Tech Trends 2026 fait apparaître une progression particulièrement intéressante des profils à double expertise, ces « super-connecteurs » capables d’associer la connaissance d’un métier, par exemple le marketing ou la stratégie commerciale, à une maîtrise de l’automatisation et des technologies émergentes.
C’est également ce que nous observons dans nos missions chez SQORUS. La valeur d’un consultant ne repose plus seulement sur sa connaissance d’un processus RH, Finance ou IT, ou sur sa maîtrise d’un outil. Elle repose de plus en plus sur sa capacité à faire le lien entre métier, technologie, data, organisation et transformation.
Autrement dit, l’expertise reste indispensable. Mais l’expertise isolée perd progressivement de sa valeur.
3. À l’horizon 2027, les entreprises chercheront des profils capables d’orchestrer
C’est probablement là que le changement sera le plus important.
Les données collectées par Malt constituent un observatoire intéressant des compétences émergentes puisqu’elles reposent notamment sur les descriptions de milliers de projets et sur des millions de recherches réalisées sur la plateforme.
Malt précise d’ailleurs que certaines de ces recherches constituent des signaux faibles, apparaissant avant même que les compétences correspondantes ne soient formalisées dans les briefs clients.
Et le signal actuel est particulièrement clair : l’IA passe de l’expérimentation à l’exécution.
Selon Malt Tech Trends 2026, l’intelligence artificielle est devenue la deuxième compétence la plus demandée sur la plateforme. La demande liée aux agents IA connaît une accélération spectaculaire et le nombre de briefs correspondants a été multiplié par 60 par rapport à 2024.
Surtout, l’IA sort du seul périmètre des experts techniques. Elle est désormais considérée comme une compétence obligatoire ou déterminante dans 22 % des briefs concernant des métiers non-tech, notamment le marketing, le design ou le conseil en management.
À partir de ces tendances, trois attentes me semblent devoir devenir particulièrement structurantes en 2027 :
La maîtrise de l’IA dans son propre métier
Il ne s’agira pas pour chaque consultant de devenir Data Scientist, mais de comprendre comment l’IA transforme sa discipline, de connaître ses cas d’usage et d’être capable de travailler avec ces nouveaux outils.
La capacité à orchestrer plusieurs expertises
Malt observe déjà une croissance des profils de leadership technologique à temps partagé, comme les CTO ou CDO fractionnés, recherchés précisément pour leur capacité à connecter IA, sécurité, données et gouvernance. Dans les projets de transformation, cette capacité à faire dialoguer plusieurs disciplines deviendra probablement aussi importante que la profondeur d’expertise dans une seule d’entre elles.
L’orientation vers l’impact et l’opérationnalisation
Le marché ne manque plus de prototypes IA, de démonstrateurs ou de présentations sur les possibilités de la technologie. Les entreprises veulent maintenant intégrer ces usages dans leurs processus, les sécuriser, les gouverner et mesurer leur valeur. L’étude Malt montre ainsi une progression parallèle des sujets de gouvernance, de FinOps et d’industrialisation.
C’est sans doute également là que le rôle du cabinet de conseil doit continuer à évoluer. Notre métier n’est plus simplement d’apporter des consultants disposant des bonnes compétences à un instant donné. Il consiste aussi à anticiper les compétences qui deviennent nécessaires, les assembler et aider nos clients à les inscrire durablement dans leur organisation.
La frontière entre salariés, consultants, freelances et technologies d’intelligence artificielle va probablement continuer à s’estomper.
La question centrale pour les entreprises ne sera donc peut-être plus : « qui réalise cette mission ? », mais davantage : « quelle combinaison d’expertises humaines et technologiques nous permettra de réussir cette transformation ? »
Et c’est probablement l’une des principales compétences que nous devrons nous-mêmes développer en tant que cabinets : savoir orchestrer cette nouvelle diversité d’intelligences.
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FAQ
Quelles compétences les entreprises rechercheront-elles en 2027 ?
Trois compétences devraient devenir prioritaires : la maîtrise de l'IA appliquée à son propre métier, la capacité à orchestrer plusieurs expertises (technique, métier, organisationnelle) et l'aptitude à transformer un usage IA en résultat concret et mesurable pour l'entreprise.
Qu'est-ce qu'un profil à "double expertise" ou "super-connecteur" ?
Il s'agit d'un professionnel capable d'associer la connaissance d'un métier (marketing, finance, RH) à une maîtrise des technologies émergentes, notamment l'automatisation et l'IA. Ces profils sont de plus en plus recherchés car ils permettent de relier directement les enjeux métiers aux enjeux technologiques d'un projet.
L'intelligence artificielle va-t-elle remplacer les consultants et les freelances ?
Non. Elle transforme avant tout la façon de travailler. Si les tâches répétitives ou standardisées sont les premières concernées, les profils capables d'analyser une situation, de prendre des décisions et d'accompagner une entreprise restent recherchés, et le seront encore davantage en 2027.



